mercredi 13 mai 2015

Dar Kh’daouedj El-Amia

Dar Kh’daouedj El-Amia, un patrimoine à l’agonie


khDar Kh’daouedj El-Amia est un palais privé situé en pleine Casbah. Il est bâti sur une ancienne Zaouiya datant du XVème siècle.
En 1789, le Ministre des Finances du Dey Mohamed Ben Othman, l’acheta pour le compte de sa fille appelée Kh’daouedj (Géranium ou dérivé de Khadidja) qui était d’une grande beauté, et qui selon la légende devint aveugle (Amia) à force de se contempler dans la glace, d’où le nom du palais Kh’daouedj  El-Amia.
Son entrée donne sur une Squifa composée d’arcades en accolades recouvrant des niches latérales que bordaient les faisceaux de trois colonnes, elles constituaient ainsi des bancs de marbre. Les plafonds étaient ornés de voûtes d’arêtes. Cette Squifa aboutissait à une courette bordée de pièces de logements qui ont subi des remaniements. Sur la droite, un escalier conduit aux niveaux supérieurs qui se composent d’un patio doté de galeries superposées que bordent huit grandes pièces d’inégales dimensions, et d’une sorte d’appendice coiffé d’une coupole qui pourrait être un petit oratoires ou un hammam.
A l’étage, on y trouve une pièce ouverte sur l’extérieur par des fenêtres donnant sur la rade et sur la partie nord de la ville. Elle est décorée de carreaux de faïences de deft, avec une porte à vantaux. Un autre escalier mène aux terrasses.
Ce palais devint musée national des arts et traditions populaires en 1961, lequel ne bénéficiant d’aucune publicité; compte un nombre de visiteurs insignifiant.
Un avenir incertain !
« Depuis 2008, la façade sud du palais s’effondre lentement avec des dommages qui s’aggravent sous l’effet conjugué des intempéries et la misère administrative nationale. Dès l’entrée de la sqifa, le visiteur attentif est frappé par le système de béquillage en madriers annonciateurs  de la gravité du pronostic ». Lit-on dans un article paru dans le quotidien El watan, du 5 avril 2014.
Le bilan est désastreux, l’on apprend que « les plafonds laissent passer la lumière du jour. Les somptueux décors en stuc sont en ruine. Les travaux de restauration, en attente depuis l’opération de soutènement de 2008, se traduisent par une accélération du processus de destruction sous l’effet des infiltrations qui gonflent les murs en pisé. Les magnifiques revêtements en carreaux de céramique siliceux, importés de Hollande ou de Tunis il y a cinq siècles, tombent de tous côtés »…
Nous assistons muets, inertes et impassibles face à la mort certaine d’un patrimoine, que nos enfants ne connaîtrons jamais!


B. Babaci
Écrivain-chercheur en histoire
* Notes sur le constat : R. Lourdjane, El watan, 5 avril 2014

Le secret de l’étrange étoile à six branches

Contribution : Le secret de l’étrange étoile à six branches sur l’étendard du pacha Kheïreddine Barberousse, premier Beylerbey d’Alger


barbaros_sancak_gercekPar : Mehmet Tütüncü*, chercheur universitaire turc au sein du SOTA (Stichting Onderzoek Turkse en Arabische wereld), fondation pour la recherche sur les mondes arabe et turc.

Les armoiries et l’étendard du pacha Kheïreddine Barberousse :

Il est très probable que les symboles se trouvant à côté de la tablette datant de l’année 1242 de l’hégire (l’année 1826 du calendrier grégorien), soient ceux du pacha Kheïreddine Barberousse, même si la tablette est inscrite au nom de Husseïn Dey, dernier pacha d’Alger. Ces symboles, qui se composent d’une étoile à six branches, d’un croissant et d’une main (la « Pençe-i âl-i abâ » ou « main de Fatma », en turc) montrent des similitudes troublantes avec le « Barbaros Sancağı »  (l’étendard de Barberousse, en turc) exposé au musée de la marine, à Beşiktaş, à Istanbul.
On rapporte que cet étendard a été conçu soit pendant les années de service du pacha Kheïreddine Barberousse en tant que Kaptan-ı Derya (Grand Amiral de la flotte ottomane), de 1534 à 1546,  soit environ cinquante ans après sa mort.
L’étendard qu’on attribue au pacha Kheïreddine Barberousse est l’une des pièces les plus importantes du musée de la marine, à Beşiktaş.
L’étendard est en soie verte et est richement composé. Sur celui-ci on voit des versets du Coran dans l’encadré d’en haut, le nom du noble Prophète, et les noms des quatre premiers califes de l’Islam écrits à l’intérieur d’un croissant. Au milieu de l’étendard se trouve le sabre du calife Ali, appelé Zülfikar (ذو الفقار Dhoul Fiqar en arabe, c’est l’épée à deux pointes), à gauche de celui-ci figure ce qu’on appelle Pençe-i Âl-i Abâ (plus connu sous le nom « la main de Fatma »*), et en bas de l’étendard on voit le seau du prophète Soliman orné de motifs. On a utilisé de la soie blanche comme couleur de cette figure et des écrits sur la bannière. L’étendard est bordée de houppes vertes. L’encadré comporte une partie du verset 13 de la sourate As-Saff (Les Rangs) : « Nasroun minallahi wa fethoun qarib wa bechir-il-mou’minine » (« un secours [venant] d’Allah et une victoire prochaine. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants ») ainsi que « Ya Mohammed » (Ô Mahomet). Juste en dessous du verset figure l’épée Zülfikar.  A droite, au dessus de l’épée se trouve le nom d’Abou Bakr,  en bas le nom d’Othmân ; à gauche au dessus de l’épée se trouve le nom d’Omar et en bas sur le même côté le nom d’Ali. Les noms des quatre califes sont entourés par un croissant.
A gauche de la poignée de Zülfikar figure la main de Fatma,  et en bas le sceau du prophète Saloman (« Souleymane » en arabe). Le sceau du prophète Souleymane (Aleyhi Salam*) qui se compose de deux triangles entrelacés a été largement répandu et utilisé par les musulmans. A Istanbul, on voit ce sceau de Souleymane (Mühr-i Süleyman, en turc) dessiné sur le toit, les murs, et les vitres des fenêtres de plusieurs mosquées qui ont été bâties il y a des centaines d’années de cela. Ce sceau a été très utilisé comme broderie par les artisans décorateurs musulmans sur du métal, du bois, en architecture,  en tissage et dans beaucoup d’autres domaines. Dans les Tekke(bâtiments où se réunissent les derviches d’un ordre soufi) et lieux semblables, on retrouve le sceau de Souleymane dessiné sur la coupole, le plafond, ou bien sur le seuil des portes. Le pacha Barberousse Kheïreddine a fait broder le motif du sceau de Souleymane sur son drapeau pour « pouvoir contrôler les vents de la mer ». Et c’est ainsi qu’est née cette tradition.
Le prophète Souleymane, loué par le Saint Coran  et dont Dieu a dit qu’il a créé une magnifique civilisation, a été un prophète « roi ».  Comme indiqué dans le Coran, le « vent » soufflait dans la direction que Souleymane souhaitait par un simple ordre de  ce dernier. Et donc, comme il arrive à tout marin, le pacha Kheïreddine Barberousse s’est retrouvé directement confronté aux vents de la mer pendant la bataille de Prévéza, la plus grande bataille navale de son temps. Le pacha Kheïreddine Barberousse a sollicité l’aide de Dieu face aux vents contraires.  C’est ainsi que le pacha Kheïreddine Barberousse rapporte dans ses mémoires : «  au début de la bataille, le vent du sud soufflait fortement. J’ai éparpillé sur la surface de la mer des feuilles sur lesquelles étaient écrits des versets du Saint Coran et j’ai prié Dieu Tout-Puissant, moi son humble et faible serviteur, de m’accorder la pitié et la bienveillance qu’il ne m’avait pas accordées jusqu’à ce jour-là. Ma prière a été exaucée. Les vents se sont d’abord calmés, puis ont changé de direction. » (p.204)
Cette étoile à six branches, largement et fréquemment utilisée dans l’histoire de la Turquie et de l’Islam a commencé,  au fil du temps, à être employée par les juifs et les francs-maçons sous le nom du « Seal of David » (Le sceau de David). Pendant les périodes suivantes, les juifs ont adopté ce seau comme un symbole sacré, et l’ont brodé sur les étendards, les fanions et les amulettes et ont en fait un talisman (pour se protéger) contre la sorcellerie. Et quand ce symbole est devenu de plus en plus fréquemment employé par les juifs, son usage à ce moment-là a diminué chez les musulmans pour être complètement abandonné de nos jours.
Dans un document daté du 22 septembre 1916, qui se trouve dans les archives historiques de la marine, à l’Istanbul Deniz Müzesi (Musée de la marine de la ville d’Istanbul), l’étendard qui repose sur le tombeau, au mausolée du pacha Kheïreddine Barberousse, est présenté comme suit : « ceci est l’unique étendard qui nous est parvenu entre les mains parmi les étendards qui ont été hissés sur les galères, durant les heures glorieuses de la marine ottomane. »
Les ressemblances entre cet étendard et les signes qui figurent à l’entrée du bâtiment de l’Amirauté à Alger est un héritage encore vivace du pacha Kheïreddine Barberousse. Si on faisait une recherche encore plus approfondie au bâtiment de l’Amirauté à Alger, la recherche sur les monuments et vestiges laissés par le pacha Kheïreddine Barberousse et les Turcs (en Algérie) dévoilerait des détails plus surprenants encore et donnerait des résultats fructueux.
Malheureusement, il ne nous a pas été possible de continuer notre chemin à l’intérieur du bâtiment de l’Amirauté mais nous continuons nos tentatives de recherches au sujet de cette importante région historique (l’Algérie) dans l’histoire de notre marine.

 Traduit du turc par : Mohamed Walid Grine, écrivain et traducteur algérien 

  • Cette traduction est celle du chapitre «Hayrettin Paşa’nın arması ve sancağı », pp.23-24-25-26-27, extraite de l’article “Cezayir’de Barbaros’un bilinmeyen kitabesi”, Mehmet Tütüncü, Yedikıta Dergisi (Magazine Yedikıta), sayı (numéro) 47, Temmuz (juillet) 2012.
  • N.B : toutes les notes ou explications de mots entre parenthèses-à part celles où il y a un astérisque- sont les notes du traducteur.
  • Mehmet Tütüncü : chercheur universitaire turc. Né en 1958. Il a publié plusieurs travaux sur l’histoire de l’Algérie Ottomane. Son dernier ouvrage est un livre intitulé « Cezayir’de Osmanlı izleri (1518-1830) » (Les vestiges Ottomans en Algérie), Çamlıca Basım Yayın, Sota Yayınları, 1. Baskı : İstanbul, 2013.

Sources :

  1. Yedikıta Dergisi, Mehmet Tütüncü, Cezayir’de Barbaros’un bilinmeyen kitabesi, sayı 47, Temmuz 2012.
  2. Aydınlık Gazetesi, Türkiye’nin unuttuğu topraklar, Cezayir, Kudüs ve Mekke’de Türk İzleri, 7 Aralık 2014 (7 décembre 2014), Pazar (lundi).
  3. http://www.denizmuzeleri.tsk.tr/idmk/sayfalar2.asp?KID=517&SID=266
  4. http://www.hayalleme.com/barbaros-hayrettin-pasa-turbesi-yenileniyor/
  5. http://www.turkcebilgi.com/kaptan-%C4%B1_derya
  6. http://www.devletialiyyei.com/onemli-kisiler/barbaros-hayreddin-pasa-848.html
  7. http://www.delinetciler.org/attachments/24179d1319111867-prevezedenizsavasi.jpg

jeudi 5 mars 2015

Premier article sur OLT-MEDEA



Le premier article Médéa paru dans la revue de la Direction du Tourisme de Médéa "Dhaia"
principalement le Programme d’activités 2013/2014   de OLT MEDEA :



-         - Procéder à l’inventaire et la valorisation touristique.
-         - Générer la banque d’informations (photos, vidéo….).
-        -  Collecte d’information (historique, culturelle, cultuelle, économique, sociale…..).
-        -Impliquer l’université dans la recherche (Faculté d’histoire, archéologique, langues…).
-         -Valoriser le patrimoine naturel (Agriculture, Foret, faune).
-         - Création de clips vidéo de 2 mn.
-         - Concevoir les différents supports de communication (Guide et carte touristique).
-        - Développer la visibilité de la destination sur internet et les réseaux sociaux.
-        - Développer l’accueil par l’habitant et les faire des ambassadeurs.
-        - Répertorier les chemins ruraux sur carte.
-        - Conception et vent de randonnés, circuits, visite….
-         -Participer à l’organisation d’animations en lien avec les évènements locaux et national.
-         - Elaboration du programme des manifestations locales et nationales.
-        - Développer des actions de promotion à destination du grand public.
-        -Entretenir les relations avec la presse locale.
-        - Favoriser l’adhésion (Activités de plein nature, sport de montagne).
-          -Développer et intégrer le tourisme de mémoire dans les circuits et randonnées.



le géant oublié de Médéa

Cheikh Rahmani 1893-1953

Une grande personnalité de la ville de Médéa. Ancien médersien il enseigna la langue arabe et prépara de nombreux élèves pour le concours d'entrée à la Médersa d'Alger.
On ne peut avoir un meilleur portrait de lui que celui écrit par son ancien élève, Cheikh Hacène Zemirline et qu'il fit publier dans les jours qui suivirent sa disparition, dans le quotidien "La Dépêche Quotidienne" en Février 1953.
Nous reproduisons ici le texte de l'article publié avec une copie de l'article lui-même en notant que l'article porte le nom de M.Marcel Guillamo, le marchand de journaux et libraire de Médéa à l'époque pour des raisons que nous ignorons. Certainement on déposait les articles ou les annonces chez lui et une erreur s'est produite sur le nom de l'auteur.

Cheikh Rahmani, par M.Hacène Zemirline:

"La mort de M.Brahim Rahmani une grande perte pour Médéa.

Médéa vient de perdre un de ses enfants des plus dignes: M.Brahim Rahmani Mohamed Ben Ali. Il s'est éteint seul dans la simple pièce qu'il habitait.

Tous ceux qui ont eu le bonheur d'approcher cet homme ont été bouleversés à l'annonce de cette disparition brutale. M.Rahmani était une des plus nobles figures médéennes et longtemps encore son ombre flottera dans nos rues, dans les lieux qu'il fréquentait.

Il allait dans la vie sans crainte, sans orgueil, la tête haute, sans soucis de lui même et dans ses yeux , de l'or brillait à travers ses lunettes. Il était aîmé de tous, Européens et Indigènes, car il était de ces hommes qui croient en la force de l'amour. Il a aimé toute sa vie s'oubliant lui-même pour se donner tout aux autres. Aussi malgré l'épaisse couche de neige qui recouvrait la ville, une foule de médéens l'accompagna jusqu'à sa dernière demeure le 1er Février dernier.

Il naquit à Médéa le 7 Décembre 1893. Son père était magistrat en notre ville, il lui fit suivre les cours des écoles d'enseignement mixte. Le jeune Rahmani fréquenta l'école primaire de Miliana où il eut comme premier maître, un instituteur un homme de premier plan, un éducateur de vocation: M.Maubourguet. Rahmani aimait à parler de ce maître aux hautes conceptions pédagogiques et il semble bien que c'est l'influence de ce éducateur qui fit de l'enfant, de l'écolier, l'homme que nous aimions.

Il suivait parallèllement des cours d'arabe donnés par le professeur M.Cherchali. Ces deux noms, Maubourguet et Cherchali évoquent bien des souvenirs dans le coeur des vieux de Miliana.

Il quitta bientôt l'école communale pour faire de brillantes études à la Médersa d'Alger où il eut comme professeurs, MM.Garobi, Cheikh Abdelhakim, Cheikh Ben Cheneb etc...Il manifesta là ses dons exceptionnels.

Après avoir fait ses études supérieures d'arabe, il fut nommé magistrat musulman à Miliana et tout en exerçant ses fonctions, il se voua à l'enseignement de la langue arabe: il forma un grand nombre d'élèves qui sont aujourd'hui interprètes, professeurs ou magistrats. L'enseignement c'était une vocation chez ce jeune homme et il ne tarda pas à résilier ses fonctions de magistrat pour se donner entièrement à ses élèves.

Il fut nommé moudéres et exerça à Oran et à Tiaret et enfin dans sa ville natale Médéa. Il délaissa la propriété de Djendel (dans la vallée du Chélif) que son père lui avait léguée. Il ne voulut jamais se marier et cela pour se consacrer à l éducation des jeunes.

A Médéa il professa successivement, au cours complémentaire à l'école primaire puis au collège où ses élèves enlevaient toujours les premières places au concours d'entrée à la Médersa.
Il recevait ses élèves de jour et de nuit, il en hébergeait même souvent et sans aucune rétribution et les gardait à sa table.
Bien des enfants pauvres ont été protégés par cet homme qui, en plus du gîte et de la table, habillait ses protégés et leur achetait toutes les fournitures scolaires. Il s'oubliait et s'imposait de dures privatisations, vivant misérablement pouvons nous dire, pour apporter à ceux qui l'entouraient un peu de bien être et de lumière. Il était d'une humeur toujours égale, jamais il ne se départissait de son sourire affectueux, toujours il allait contant des anecdotes avec son humeur si appréciée.

C'est que M.Rahmani avait une passion pour l'histoire antique. Il connaissait l'historique de notre pays et de tout l'Orient à fond. Il s'était créé une réputation telle, dans cette branche, que bien des personnalités et des spécialistes venaient près de lui, prendre des renseignements sûrs.

Il y a quelques années, il fonda à Médéa l'école arabe de Sidi Slimane où il s'était adjoint de plusieurs maîtres pour l'aider à sa tâche.
Et c'était lui, cet homme qui allait dans la rue dans de simples babouches, une gandoura discrète, un turban autour de la tête, il traînait les pieds pour marcher mais sa tête restait haute et chacun pouvait voir en permanence sur ses lèvres son perpétuel sourire.
Cet homme effacé, solitaire tel le phare en pleine mer, a rayonné. Son souvenir restera vivace non pas par la sympathie qu'il savait acquérir facilement, mais par l'éclat qu'a donné son éclat, l'amour qu'a donné son amour, l'idée qu'a donné son idée, la personnalité qu'a donné sa personnalité à tous ceux, et ils sont légion, qui l'ont approché.
Rahmani vous nous avez quitté. Que Dieu reçoive votre âme. C'est là notre dernière prière."
http://hacenezemirline.blogspot.com/2010/03/cheikh-rahmani-1893-1954.html
Voir le blog de Monsieur Hacene Zemirline

La Dépeche quotidienne Février 1953



Article de Abdelkader Téta 

mardi 30 décembre 2014

TABLAT, LA CITE ANTIQUE

TABLAT, LA CITE ANTIQUE
                                SUR LES TRACES DE LA NAISSANCE DE TABLAT                                          
                                         

   En l’absence d’études archéologiques et anthropologiques, de documents et de références historiques qui pourraient venir exhumer le passé de la région de Tablat, l’histoire de celle-ci demeure mal cernée à ce jour.
Cependant cette histoire pourrait être reconstituée plus au moins fidèlement grâce à certaines informations glanées par-ci, par-là , localement et à partir de documents trouvés sur des sites internet et qui retracent certains faits historiques.

     Tablat selon l’étymologie populaire berbère
« Tablat est une localité du Sud-Est de Blida, dans une région qui reste encore amazighophone.
Tablat signifierait « la pierre ».Le mot « ablad » est utilisé dans le kabyle de l’Est de la Kabylie pour « pierre », alors qu’il est utilisé dans l’Ouest dans sa forme féminine « Tablat » pour désigner «carreau de carrelage ».Quand au kabyle parlé dans la wilaya de Blida, je crois qu’ il signifierait plutôt «  pierre ». Autour de Tablat et de Hammam Melouane, il existe beaucoup de villages kabylophones amazighs :Kef Tidjildjelt,Tiberguent,Agu n Nnda, Djebel  Adoumez,…” www.kabyle.com
   Tablat , chef-lieu d’une marche militaire  de la Maurétanie césarienne
         Passons maintenant pour voir la définition de Tablat faite par l’historien « Mac Carthy » dans son livre « Géographie physique ,économique et politique de l’Algerie »  publié en 1858.
Dans la page 353, on lit :
« Tablat, l’ancienne Tablata, chef-lieu d’une marche militaire, sous les Romains , au cinquième siècle, près de l’Isseur,sur la route d'Auzia (Aumale) à Icosium (Alger). »
Site romain de Taguerboust Cne de TablatRuines romaines du site de Taguerboust Cne de TablatRuines du site romain de Taguerboust Cne de Tablat
اثار الموقع الروماني بتقربوست تابلاط
   INDICES PERMETTANT DE RENFORCER CETTE DEFINITION :
 
1)    Le Pr L.Leshi pense qu’une route romaine venant de la montagne ( des traces en  subsistent dans la région de Tablat )  débouchait en plaine vers Rovigo, et de là, gagnait Rusguniae dont les relations étroites avec Aumale, d’une part, et le Chélif d’autre part sont attestées par l’épigraphe.Cette route devait passer non loin de Sidi Moussa…
2)CVI   TABLA
TABLA appartenait à la Maurétanie césarienne comme nous l’apprenons de la notice.Il y avait une Ville frontière nommée TABLATA, et citée par la notice de l’Empire : «  Géographie de l’Afrique chrétienne. » Par Mgr Toulotte , Anatole (1852-1907)
3)SEPTIMINICIA,( Géog. Anc.) ville de l’Afrique propre : elle est marquée d’Antonin, sur la route d’Assurae à Thenoe, entre Madassuma & Tablata , à vingt-cinq milles dans l’itinéraire du premier de ces lieux , & à vingt milles du second ; c’était un siège épiscopal.(D.J.)
4)Praepositus limitis Tablatensis.-
TABLATENSIS .a  TAMATA Oppido. TABLATA legit Itenerariu. Vbl niansiocurfus publici 1Suit...
5)L'Afrique chrétienne: Évêchés & ruines antiques d'après les manuscrits de Mgr Toulotte, et les découvertes archéologiques les plus récentes
J. Mesnage, Anatole Toulotte
E. Leroux, 1912
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6)rapidum.jpg
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Conclusion :
L'appellation "Tablata", "Tablat" dérive du romain "Tablatensis" qui signifie "marche militaire, "casernement" ou " camp romain".
Les Maures ( Les bèrbères de l'Afrique du nord, sous domination romaine) utilisaient la dénomination "Tavlast" qui dérive du romain "Tablatensis" et signifiant "casernement", "marche militaire"...
Tablata (ville romaine) a donné Tavlast ou Tavlat (amazigh) qui a donné à son tour "Tablat (appellation actuelle).
 Voici à quoi ressemblait "Tablat ou "Tablata" sous la domination romaine (Texte+ illustration                                           
Le camp romain ou la marche militaire
L'armée romaine était très organisée : Le camp possédait une forme immuable,l'ordre de marche s'adaptait à l'environnement (hostile ou neutre) et les tactiques pour les sièges étaient très efficaces.
1) Le CAMP ROMAIN
Le camp romain était installé chaque nuit, son installation était rapide (2 heures).On organisait le camp à la méthode des augures.Le camp était constitué de :
- le principia (le quartier général)
- le praetorium (habitation du général)
- 2 voies : la via principalis et la via praetoria
- 4 portes : porta praetoria, porta principalis dextra, porta principalis sinistra et prota decumana
- un fossé et le remblai.

.......
Lorsque le camp était là pour une plus grande durée, on construisait de meilleures fortifications.
2) L’ARMEE EN MARCHE
L’ordre de marche se divisait en plusieurs parties :
2.1) si aucun danger n’était à craindre,
2.2) en cas de danger :
 a) Iter expeditum :  - en progression 
    - en retraite 
 b) Iter quadratum 
 c) à proximité de l’ennemi.
3). LES TRAVAUX DE SIEGE
Il y a plusieurs techniques de sièges :
- l’obsidio : un blocus : le but est de couper les vivres aux assiégés 
- l’oppugnatio repentina : est une attaque subite, soudaine 
- l’oppugnatio longinqua : est lent et de longue durée (= siège en règle).
LE CAMP, UN BIVOUAC FORTIFIE :

Le camp est construit chaque soir à l'étape. Il sera plus soigneusement organisé lorsque l'armée y passera tout l'hiver. Le camp peut même devenir permanent, en fonction des événements. Autour du camp se forment alors des agglomérations urbaines. Les caractéristiques du camp restent toujours les mêmes. Il est en hauteur, à proximité d'un point d'eau, de fourrages et de prairies. Les officiers et les augures choisissent d'abord l'emplacement, d'après les indications du général, puis un augure trace l'enceinte correspondant au temple céleste : 2 grandes lignes perpendiculaires sont tracées (ces rites sont semblables à ceux de la fondation d'une ville), dans l'intervalle desquelles les troupes dressent les tentes. Ensuite, tous les soldats, alignés côte à côte sur les limites extérieures du camp, creusaient un fossé, rejetant la terre pour former un talus d'une hauteur égale à la profondeur du fossé. Sur ce rempart était disposée une palissade de pieux ou de claies tressées, parfois munie de créneaux. Les 2 grandes lignes aboutissent à 4 portes: la porta praetoria du côté de l'ennemi; la porta decumana à l'opposé; à droite et à gauche, la portadextra et la porta sinistra. Des voies secondaires, se coupant également à angle droit, subdivisaient les quatre grands secteurs. Non loin de la porta praetoria était placé le praetorium, la tente du général, devant laquelle les aigles étaient fichées en terre; autour étaient le forum, ou place de rassemblement, et le quaestorium, trésor et magasin. Derrière se trouvaient l'autel et les tentes des officiers supérieurs, lieutenants et tribuns. Puis les légions, au centre, les auxiliaires, tout autour, campaient, alignés en six rangs perpendiculaires à la voie principale, qui menait de la porte de droite à la porte de gauche. Le forum, le tribunal et les baraquements sont toujours rigoureusement installés à la même place, afin de permettre l'organisation rapide du camp à chaque étape. Dans les tentes, groupées en rectangles allongés, les hommes conservent leur ordre de bataille. Un camp de légion occupe 45 hectares (environ 550 m par 800 m). Tout autour du camp, entre le retranchement et les tentes des troupes, était laissé un vaste espace libre mettant les tentes à l'abri des traits ennemis et permettant une circulation sur les quatre faces en cas d'attaque. En dehors de chacune des quatre portes, des corps de gardes assuraient la surveillance et la protection du camp. Telle était la disposition générale du camp romain, qui devait constituer à la fois un refuge sûr en cas d'attaque ennemie et une base solide pour une offensive, ou pour une retraite. Les familles des légionnaires pouvaient y habiter, et les habitants de la région venaient souvent s'installer à proximité pour faire du commerce ou chercher protection.
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Le camp romain, un bivouac fortifié 

NAISSANCE D'UNE VILLE SUR LE LIEU DU CAMP ROMAIN
-La présence d'une fontaine d'eau romaine à Tala R'Zag avec plusieurs canalisations, des postes romains d'observation sur les hauteurs des montagnes qui cernent le casernement, l'existence des traces de la civilisation romaine dans la zone comprise entre Taguerboust, Guerrouma,Rasfa,Ouled Saci (Aïn romaine)...témoignent que les Romains avaient vécu dans la région de Tablat.Dans les lieux cités précédemment, on trouve un ksar, un cimetière, des blocs, des ruines, des restes de colonnes...Même en retournant le sol, les paysans de ces territoires découvrent encore des pièces de monnaie, des pierres portant des écritures, des dalles, des poteries...raf-3.jpg
-A Om D'Heb, terrain situé sur la rive gauche de "Oued Isser" et non loin du douar El Babda, il y a un site romain, site où l'on peut apercevoir plusieurs dalles de tailles grandes, éparpillées un peu partout et sur une immense superficie.
-Des inscriptions sont, aussi, signalées.En retournant le sol, les fellahs (habitant El Babda,Nouawra,Snaïssia) tombent sur des objets datant de l'époque romaine.On a même trouvé des meules de moulins, une charrue munie des socs...
-"DEUX PETITS TOURISTES EN ALGERIE" est le titre d'un livre édité en 1888 et dont l'auteur est Gaston Bonnefont.Dans la page 70 de ce livre, nous lisons:
"A cinq heures du soir, ils étaient à Tablât, dont l'antiquité est constatée par des inscriptions romaines encore lisibles sur les vestiges de quelques monuments.
A Tablât, autrefois Tablata, les auberges ne manquent pas.La ville n'a que 160 habitants mais la civilisation y a pénétré sous toutes ses formes.On peut y dîner à l'européenne et un tailleur français se charge d'y habiller ses clients aux dernières modes parisiennes... d'il y a dix ans".
-A signaler, en outre, que dans le livre de Seston William intitulé " Le MONASTERE D'AIN TAMADA ET LES ORIGINES DE L'ARCHITECTURE MONASTIQUE EN AFRIQUE DU NORD", on lit dans la page 930 et suiv. dans la liste des évêques que "Quodvultdcus Tablensis" pourrait être l'évêque de Tablat, ville située au nord de RAPIDUM(Sor Djouab devenu par la suite une cité).
 L'antique Tablata
1-D'après les indications mentionnées ci-dessus, on pourra confirmer qu'une ville avait, bien et bel, été née sur le camp et qui fut nommée "Tablata", Tavlast, Tablat" et qui fut engloutie sous l'effet de phénomènes naturels tels les séismes quelques siècles après sa fondation.
2-Tout autour de Tablat, s'étaient formées, jadis, des agglomérations à Rasfa,Takerboust,El Babda...
Remarque: L'étude de l'itinéraire d'Antonin révèle l'existence de plusieurs villes aujourd'hui disparues.Tablat n'est donc que l'un de ces exemples de villes dont on parle.
De La Mauritanie à l'Andalosie
1-Domination vandale (429-533)
En 428,Genséric devenu roi, conduit les Vandales en Afrique du Nord.Un vaste territoire de la Maurétanie césarienne fut conquis au V siècle.Les Byzantins chassèrent les Vandales en 533 et reconquirent la partie orientale du pays.
2-La conquête arabe (647)
Les Arabes arrivèrent en 647 et leur conquête fut achevée en 711. Au VIII siècle, l'Afrique du Nord devint une 1-balochi-yalghar-azhar-abbas.jpgprovince omayad.
Signalons ici, mais pour mémoire seulement en laissant aux historiens de confirmer ou d'infirmer la déduction suivante : il existe dans la province de Séville(  إشبيليا) en Andalousie une ville nommée "Tablata" qui fut fondée par les Sarrassins (Les Sarrassins étaient, en réalité, des Maures) ce qui laisserait supposer que lors de la conquête de l'Espagne en 711 par l'armée bèrbère, un grand nombre des Maures de Tablat ou Tablata faisait partie de cette armée envoyée par le Gouverneur arabe de l'Afrique du Nord pour le compte du calif de Damas.Cette armée était dirigée par Tarik Ibn Ziyad.Quand Séville fut conquise,ces Maures, venus d'Algerie et plus précisement de Tablat ,fondèrent dans cette province une ville et la bâptisèrent "Tablata" afin de remémorer le lien qu'ils avaient avec leur pays natal.                                                           
                         Abdelkader Lakhdari, administrateur du site

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